Mardi 26 février 2008


C'est peut-être moi qui ne m'y étais jamais intéressé auparavant, mais je trouve que le cinéma indépendant américain a le vent en pouple ces dernières années. C'est un comme si après 20 ans de méga blockbusters, le cinéma américain redécouvrait qu'il avait des auteurs et que ces auteurs pouvaient être, incroyable mais vrai, couronnés de succès. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. J'adore un bon gros blockbuster comme tout un chacun. D'ailleurs 80% des films que je vais voir sont des gros blockbusters dopés aux effets spéciaux. Mais je me suis pris d'affection pour le "petit" cinéma américain (ou plutôt, en l'occurence, américano-canadien.) Et donc j'ai le coup de foudre pour Juno. Parce que même si j'ai dit "petit" cinéma, comme le disait cette vieille pub, "elle a tout d'une grande".

Juno, c'est avant tout un personnage. Juno n'est pas seulement l'héroïne du film, et le film n'est pas seulement son histoire : elle EST le film, le corps et l'âme du film.

Le point de départ du film a une résonnance particulière pour moi (cf. strip d'hier et famille à problèmes) Juno c'est une fille de seize ans, un peu timbrée et joyeusement sarcastique, qui se retrouve enceinte de son meilleur ami, le sympathique mais un peu bénêt Bleekers (je dis bénêt avec affection, notez bien. Bleekers est 200% plus dégourdi que moi à son âge. Ou que moi maintenant d'ailleurs.) Plutôt que d'avorter, Juno décide de garder l'enfant mais de le faire adopter. Plus facile à dire qu'à faire.



Le scénario de Juno n'est pas d'une originalité débordante, mais il fait la part belle à des personnages étonnamment bien écrits. Qu'il s'agisse du père de Juno, de sa belle-mère Brenda, de Bleekers, de Leah la meilleure amie, tous sont attachants sans que le trait paraisse forcé. Mais la palme revient évidemment à Juno elle-même, dont le monologue intérieur assure la narration du film et qui, disons, n'a pas la langue dans sa poche. La jolie Ellen Page qui jusque-là n'avait rien fait de très intéressant (Kitty Pride dans X-Men 3...) habite réellement le personnage et s'impose comme la révélation du film.

Derrière Juno, il y a Jason Reitman, le fils d'Ivan Reitman (réalisateur de certaines des meilleures comédies blockbusters des années 80, Ghostbusters, Jumeaux, etc.) Après le sardonique et polémique Thank You for Smoking, il propose avec Juno une comédie beaucoup plus familiale mais qui ne perd ni l'indépendance de sa pensée, ni la causticité de son ton. Bon, Juno n'évite pas quelques clichés mais parvient à ne jamais s'engluer dans des bons sentiments dégoulinants. Soyons toutefois honnêtes : dans la vraie vie, les choses se passent rarement de cette manière-là pour les jeunes mères accidentelles...

Un mot enfin sur la bande-son, excellente, oscillant entre rock indie et ballades folk, ainsi que de jolis morceaux interprêtés par les jeunes acteurs eux-mêmes.

On a beaucoup comparé Juno à Little Miss Sunshine, mais à part qu'il s'agit dans les deux cas de très beaux films, les seuls vrais points communs entre eux sont la qualité d'écriture de leurs personnages et l'optimisme cynique qui s'en dégage. Juno, je t'aime.

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