Partager l'article ! Marathon Pirate : John Silver's Return to Treasure Island (1986): Titre original : John Silver's Return to Treasure I ...
Titre original : John Silver's Return to Treasure Island
Réalisateur : Piers Haggard
Acteurs principaux : Brian Blessed, Christopher Guest, Deborah Poplett
Année : 1986
Caractéristiques : série télé de 10 épisodes, couleur, parlant
Il n'y eut pas que des films mettant en scène les pirates, il y eut également quelques séries télévisées plus ou moins réussies. L'une de celles qui tient le haut du panier est sans aucun doute John Silver's Return to Treasure Island (à ne pas confondre avec le film du même nom sorti dans les années 50 avec Robert Newton dans le rôle-titre). Sous ce titre à rallonge se cache une mini-série d'excellente facture, dotée d'une histoire bien ficelée et de personnages attachants. RTTI (ça ira plus vite) marque également un tournant dans la production télévisuelle britannique : réalisation, décors et effets spéciaux enterrent définitivement l'ère du "théâtre télévisé" jusque-là souvent symptomatique des séries anglaises.

Le projet de réaliser une suite à L'Île au Trésor de Robert Louis Stevenson en série télé a été initié par nul autre
que... Disney. Habitué des adaptations diverses et souvent familiales de ce classique de la littérature jeunesse, l'empire de Mickey a donc pris contact avec la chaîne anglaise HTV Wales pour
co-produire une énième suite au roman d'origine. L'association de Disney au projet n'est pas vraiment mise en avant, et fort heureusement la série, bien que définitivement tous publics, n'a rien
à voir avec l'humour potache du Fantôme de Barbe-Noire par exemple. On est dans une histoire relativement sérieuse, avec du danger, des trahisons, des morts, et des
thématiques souvent matures (l'esclavage, la loyauté, la corruption...)

La série commence 10 ans après les évènements du roman. Jim Hawkins a bien grandi, et a utilisé sa part du trésor pour étudier à Oxford et ainsi se donner les moyens d'un avenir plus radieux que la vieille auberge de sa mère. Le châtelain Trelawney offre à Jim de devenir son assistant et d'aller superviser en son nom sa plantation à la Jamaïque. Alors que tout semble aller comme sur une mer d'huile, voilà qu'un fantôme du passé refait son apparition : le pirate unijambiste John Silver. Long John cherche à récupérer la carte du trésor du capitaine Flint, soupçonnant l'existence d'un second trésor qui reste à découvrir, et est bien décidé à mettre la main dessus... Jim, son domestique Ben Gunn (le naufragé de l'île au trésor) et Silver se retrouvent tous trois à bord du vaisseau Saracen à destination des Caraïbes, et bien évidemment les choses ne tardent pas à prendre l'eau (...de mer !)

Trois intrigues s'entrecroisent dans RTTI : tout d'abord, il y a la quête des joyaux du capitaine Flint, qui suscitent évidemment bien des convoitises. Ensuite, il y a la guerre qui menace d'éclater entre anglais et espagnols : le capitaine du Saracen transporte des ordres secrets dont les espagnols aimeraient bien s'emparer. Enfin, il y a la corruption des autorités de la Jamaïque et du domaine Trelawney, tenu par le perfide M. Hallows et ses âmes damnées Gaynes et Sharpe. Régnant sur ses esclaves par la terreur, le cruel Hallows s'impose rapidement comme le "méchant" de la série, plus retors encore que John Silver lui-même (qui, bien qu'étant un gredin indigne de confiance, semble posséder un code d'honneur - certes connu de lui seul).

Après un premier épisode plutôt laborieux où l'on retrouve tous les personnages du roman (Trelawney, le Dr. Livesey, le capitaine Smolett etc.), l'intrigue met véritablement les voiles lors du deuxième épisode, riche en rebondissements, et atteint son rythme de croisière. La série introduit alors de nouveaux personnages autour de Jim, Ben et Long John. C'est ainsi que Jim se liera d'amitié avec l'aventurier hollandais fort-en-gueule Van Der Brecken et avec le révérend Morgan, prêtre humaniste prêchant l'égalité. Parmi les personnages créés pour la série citons Isabella, jeune fille issue de la noblesse d'Espagne exilée en Angleterre, qui se retrouve évidemment elle aussi à bord du Saracen et ne tardera pas à taper dans l'œil de Jim. Enfin, l'esclave affranchi Abed vient compléter la fine équipe.

Bien que la série compte son lot de batailles navales et autres péripéties rocambolesques, son rythme assez calme est sans doute son principal défaut. Le scénario est efficace et intéressant (bien qu'évidemment en deça de la perfection du roman d'origine), mais traîne parfois un peu les pieds : on sent que la série aurait facilement pu faire deux épisodes de moins. Au moins les épisodes sont-ils dépaysants, tournés en décors naturels au Pays de Galle, en Espagne et à la Jamaïque, mais avec une durée moyenne de 50 minutes, on pourrait parfois être à deux doigts de s'ennuyer lors de quelques épisodes . Alors qu'est-ce qui rend la série si passionnante malgré tout ?

La réponse tient en un nom : Brian Blessed. L'acteur anglais à la voix inimitable, habitué des adaptations de Shakespeare mais aussi aperçu dans
Black Adder, Doctor Who, Robin des Bois Prince des Voleurs, et dont la voix peut-être entendue dans Star Wars et
Tarzan de Disney , incarne Long John Silver avec une truculence et un entrain réjouissants. J'ai vu de nombreux acteurs interprêter ce
rôle, mais la performance de Blessed reste sans aucun doute ma préférée. Il a su parfaitement saisir le caractère complexe et ambigu de Silver, qui cache son côté froid et impitoyable sous une
jovialité feinte, mais qui pourtant entretient pour Jim une affection presque paternelle. Les quelques scènes où Long John perd son calme et laisse remonter à la surface le pirate sanguinaire
font réellement froid dans le dos. Brian Blessed parvient également à laisser transparaître la redoutable intelligence de Silver, magnifique salaud qui reste pourtant toujours sympathique. Tel Jack Sparrow plus tard, Silver donne
l'impression innocente de ne rien maîtriser alors qu'il a déjà tout prévu (à son propre bénéfice, bien entendu). On regarde la série en attendant impatiemment le prochain coup tordu de Silver :
manipule-t-il Jim ? Va t-il le trahir ? Qu'a-t-il vraiment en tête ? Ces questions nous maintiennent en haleine, et l'imprévisible Silver parvient toujours à nous prendre au dépourvu.
Bons acteurs, production de qualité, histoire solide et soleil des Caraïbes : John Silver's Return to Treasure Island est
une belle série à découvrir. Je ne sais pas si la série a été diffusée en France, mais elle est disponible en DVD anglais (non sous-titrés, donc vous avez intérêt à connaître un minimum d'argot
pirate). Pour finir sur une dernière note (au propre comme au figuré), la bande-son possède cette sonorité délicieusement "années 80" qui m'a instantanément renvoyé à l'époque des
Mystérieuses Cités d'Or. De quoi, assurément, réveiller l'enfant assoiffé de grandes aventures qui sommeille en chacun de nous.
Jolly Roger Factor :