Partager l'article ! Marathon Pirate : Le Corsaire Noir (1976): Titre original : Il Corsaro Nero Réalisateur : Sergio Sollima ...
Titre original : Il Corsaro Nero
Réalisateur : Sergio Sollima
Acteurs principaux : Kabir Bedi, Carole André, Mel Ferrer
Année : 1976
Caractéristiques : couleur, parlant
Alors qu'Hollywood avait abandonné les sagas flibustières dans les années 60, le genre connut une renaissance en Europe, et notamment en Italie. Le Corsaire Noir est l'un des derniers films de pirates italiens de cette époque, et représente véritablement la fin d'une ère. Si Capitaine Blood était une adaptation de Rafael Sabatini, Le Corsaire Noir est un personnage issu de l'imagination d'un autre romancier italien, Emilio Salgari. La production s'était donné les moyens de rendre justice à ce monument de la littérature d'aventure transalpine : tournage à Cartagena dans les Caraïbes, scènes de batailles sur terre et en mer avec pléthore de figurants... Malheureusement, le film sera un échec commercial.

Le héros du film, c'est le fameux Corsaire Noir, de son vrai nom Emilio de Roccabruna, comte de Valpenta et Ventimiglia (excusez du peu). Issus de la noblesse italienne, Emilio et ses deux jeunes frères (se faisant appeler respectivement le Corsaire Rouge et le Corsaire Vert...) se font pirates le jour où le perfide Duc Van Guld, aventurier flamand sans scrupules au service de la couronne d'Espagne, assassine leurs parents (ce qu'il s'est passé exactement est assez vague, j'imagine que les romans donnent davantage de détails). Lorsque le roi d'Espagne fait de Van Guld le nouveau gouverneur de Maracaïbo, les deux frères d'Emilio décident de l'affronter sans attendre leur aîné. Mais ils ne font pas le poids face à Van Guld, et sont rapidement tués. Se rendant à Maracaïbo pour sauver ses frères, Emilio sauve la vie de Yara, une jeune indienne Caraïbe dont la tribu à été massacrée par les soldats espagnols. Yara le suivra désormais comme son ombre.

Arrivé trop tard et découvrant le corps pendu de ses frères, Emilio fait alors un pacte avec le Diable, jurant de tuer Van Guld et toute sa famille. Cette nuit-là, un orage surnaturel s'abat sur le navire du Corsaire Noire, le Fulgore. Dans la tempête, Emilio et son équipage découvrent un galion immobilisé, dont ils s'emparent. A bord se trouve une jeune noble, Honorata, qui devient l'amante d'Emilio. Sur l'île de la Tortue, le gouverneur français est en train de recruter des équipages de pirates (parmi lesquels des pirates historiques comme le bestial Jean-David Nau, dit L'Olonnais) pour lancer un raid sur Maracaïbo, convoitant l'or des espagnols. Emilio refuse de se joindre à eux, mais les dévance sur la route de Maracaïbo dans le but de tuer Van Guld lui-même. En chemin, il découvre qu'Honorata n'est autre que la fille de Van Guld. Comment tenir son serment solennel alors que la femme qu'il aime appartient à la famille qu'il a juré de détruire ?

La grande force du Corsaire Noir, c'est son romantisme. Loin des aventuriers macho à l'américaine, Emilio est un héros mélancolique et torturé, tiraillé entre l'amour et l'honneur. L'acteur indien Kabir Bedi (inoubliable Sandokan dans la série télé du même nom, elle aussi adaptée des romans de Salgari et réalisée par Sollima) parvient à donner une grande palette d'émotions subtiles à ce héros ténébreux. On se rend compte que Bedi était un très grand acteur et on ne peut que regretter de ne pas l'avoir vu plus souvent au cinéma en dehors de l'Inde et de l'Italie où il est très populaire (il a d'ailleurs été fait Chevalier de l'Ordre du Mérite par le gouvernement italien en 2010). Pour lui donner la réplique, Sergio Sollima confie le rôle d'Honorata à l'actrice française Carole André, déjà partenaire de Bedi dans Sandokan. Quant à Van Guld, personnage méprisable dans la plus pure traditions des méchants de films de cape et d'épée, il est incarné par l'acteur américain Mel Ferrer (Le Jour le Plus Long, La Chute de l'Empire Romain...) Le Corsaire Noir est véritablement une production d'envergure internationale !

Un aspect intéressant du Corsaire Noir est son usage du surnaturel. Il ne s'agit pas là d'un surnaturel à la Pirates des Caraïbes, avec pirates zombies et monstres marin, mais d'un surnaturel que l'on pourrait qualifier de "shakespearien" : Emilio est hanté par les apparitions spectrales de ses frères, le tonnerre gronde de manière sinistre lors de scènes clés... Le personnage de Yara est également habitée par des visions prophétiques (et pour le moins cryptiques) qu'elle utilisera pour tenter de mettre en garde Emilio contre son destin. Cette fatalité qui pèse sur les épaules du personnage fait du Corsaire Noir un personnage à part dans l'histoire du film de flibuste. Pour un peu, on croirait voir Albator !

Si Le Corsaire Noir est un film de pirates fort sympathique, il souffre des symptômes habituels des productions italiennes de cette époque : un petit côté kitsch qui n'a malheureusement pas toujours bien vieilli. Le pire étant la musique, signée par les frères Guido et Maurizio De Angelis, qui à l'époque venaient semble-t-il de découvrir le synthétiseur... Ce qui est malheureusement rarement une bonne nouvelle dans un film "d'époque" (n'est pas Vangelis qui veut). Comme dans Capitaine Blood, le réalisme n'est pas franchement de mise : Yara a beau être une indienne Caraïbe, elle est vêtue comme une squaw sortie d'un quelconque western spaghetti...

Avec son romantisme très européen, un Kabir Bedi habité par son personnage et ce petit côté Albator fort agréable,
Le Corsaire Noir n'en reste pas moins un divertissement fort sympathique. Pas un grand film, mais un bon film de pirates, qui utilise astucieusement des évènements
historiques (le sac de Maracaïbo par l'Olonnais en 1667) pour tisser une aventure dépaysante, faite de batailles, d'amour et de vengeance. Ce n'est déjà pas si mal.

Jolly Roger Factor :