Partager l'article ! Marathon Pirate : Le Corsaire Rouge (1952): Titre original : The Crimson Pirate Réalisateur : Robert Siodm ...
Titre original : The Crimson Pirate
Réalisateur : Robert Siodmak
Acteurs principaux : Burt Lancaster, Eva Bartok, Nick Cravat
Année : 1952
Caractéristiques : couleur, parlant
Voilà un film qui est souvent considéré comme l'ancêtre spirituel de la saga Pirates des Caraïbes (il aurait directement inspiré l'attraction des parcs Disneyland). On y retrouve Burt Lancaster dans le rôle du Capitaine Vallo, pirate bondissant au grand cœur et à l'humour taquin. A noter que comme souvent, le héros, clairement indiqué comme pirate dans le titre original ("The Crimson Pirate") est devenu corsaire dans le titre français. Rappelons que les deux termes n'ont pas le même sens : les corsaires servaient les intérêts d'une nation au travers d'une Lettre de Marque, tandis que les pirates n'avaient ni dieu, ni maître.

Le film relate les aventures pour le moins virevoltantes et rocambolesques d'un duo de héros évoquant les grandes heures du buddy movie.
D'un côté, on a Vallo, grand blond athlétique doté d'un sourire ultrabright (Lancaster avait surnommé ce sourire, qui a fait son succès, "the Grin", qu'on pourrait traduire par "le
sourire carnassier"). A ses côtés, son comparse fidèle Ojo, petit brun muet et pourtant étonnamment loquace (tel un Harpo Marx, il parvient à lancer une réplique drôle avec son seul
regard). Il ne manque que le cheval Tornado et on pourrait refaire les aventures de Zorro sur mer. Il faut savoir que Lancaster et Nick Cravat (qui interprête Ojo) étaient partenaires de
cirque avant de se lancer dans le cinéma, leur complicité à l'écran n'est donc pas feinte.

Vallo et son équipage se dirigent vers l'île de Cobra pour vendre un chargement d'armes aux rebelles locaux, menés par le révolutionnaire El Libre. En bon pirate qu'il est, Vallo envisage de vendre El Libre au méchant de service, le Baron Gruda, sbire du Roi venu mater la rebellion. Mais une fois que Vallo croise le regard de Consuelo, la sublime fille d'El Libre, il décide de prendre les armes pour la cause révolutionnaire. Ce qui n'est pas du goût de son second Humble Bellows, pirate à l'ancienne pour qui le profit passe avant les idéaux... Dans le rôle de Consuelo, Eva Bartok est rayonnante, même si elle apparaît au final dans assez peu de scènes.

Il semble qu'au début du projet (co-produit par Lancaster lui-même, alors en pleine ascension hollywoodienne), Le Corsaire
Rouge se voulait un film sérieux. Mais en cours de route, le réalisateur Robert Siodmak (qui avait révélé Lancaster quelques années plus tôt dans son film Les
Tueurs), apparemment lassé des films à suspense, décida de le transformer en comédie. Les scènes d'action - au demeurant spectaculaires - devinrent donc de purs numéros d'humour
slapstick, rappelant irrestiblement l'âge d'or du cinéma muet, de Buster Keaton aux Marx Brothers. Il est possible que le personnage d'Ojo soit en référence directe à cette
époque.

Parmi les acteurs apparaissant dans le film, on notera James Hayter dans le rôle du Professeur Prudence, au nom savamment choisi, sorte de
Professeur Tournesol bien en avance sur son époque qui au court du film trouvera le moyen d'inventer la nitroglycérine, la mitrailleuse à canons rotatifs, le tank, le lance-flammes, la
montgolfière et même le sous-marin (précisons que le film commence avec Lancaster qui prévient le public qu'il ne devra croire "que la moitié de ce qu'il voit"). Enfin dans un petit rôle
de sbire, on notera la présence déjà charismatique d'un certain... Christopher Lee, alors âgé d'à peine trente ans (sa carrière chez la Hammer n'allait débuter que cinq ans plus tard).

Le Corsaire Rouge bénéficie également d'une bande-son trépidante de William Alwyn, qui vient rythmer les acrobaties (déjà
bien échevelées) du duo Lancaster/Cravat. Filmé en Méditerranée, le film bénéficie de très beaux décors mis à profit de manière experte. La violence du film est assez cartoon, tandis que le
méchant se révèle diaboliquement raffiné (tel un méchant de James Bond, un tableau coulisse dans son bureau pour lui permettre d'admirer le travail en cours dans sa salle des tortures). On
pourrait presqu'y voir une sorte de prototype du Prince Humperdinck de Princess Bride.

Rythmé, enlevé, bon enfant et trépidant, Le Corsaire Rouge rend hommage aux premiers films de cape et d'épée et aux exploits acrobatiques "sans trucage" d'un Douglas Fairbanks. Ce film familial bénéficie d'une histoire solide, d'acteurs convaincants, et d'une bonne dose d'humour, qui en ont fait un classique du genre. A voir, ne serait-ce que pour se remémorer l'une des inspirations directes du personnage de Jack Sparrow.
Jolly Roger Factor :
PS : en dépit de toutes ses qualités, Le Corsaire Rouge est également connu pour héberger l'une des plus belles gaffes de
l'histoire du cinéma : lors d'une scène où les pirates sont piégés dans un filet, on peut voir très nettement le paquebot Queen Mary passer au loin. Encore une invention du Professeur Prudence je
parie !
