Partager l'article ! Marathon Pirate : Mary la Rousse, Femme Pirate (1960): Titre original : Le Avventure di Mary Read Réalisat ...
Titre original : Le Avventure di Mary Read
Réalisateur : Umberto Lenzi
Acteurs principaux : Lisa Gastoni, Jerome Courtland, Walter Barnes
Année : 1960
Caractéristiques : couleur, parlant
On continue dans la thématique des femmes pirates avec un film bien différent : Mary la Rousse, Femme Pirate, co-production franco-italienne sortie dans les années 60. L'héroïne blonde (sic) campée par Lisa Gastoni porte le nom d'une femme pirate ayant réellement existé, Mary Read, mais le film n'a aucune prétention de coller à l'histoire réelle du personnage ou même à un quelconque semblant de réalisme : c'est ainsi que le film s'ouvre sur les mots "En Angleterre, au milieu du XVIIe siècle..." et moins de deux secondes plus tard montre un panneau... en italien. On sait d'ors-et-déjà que le film n'est pas pour les handicapés du second degré.

Le film suit donc les aventures de Mary Read, une jeune femme voleuse de grand chemin qui lors d'un séjour en prison (où elle se fait passer pour un
homme) rencontre Peter Goodwin, jeune lord défroqué et indécrottable coureur de jupons qui, cachant son identité et ayant découvert la véritable nature de sa co-détenue, ne tarde pas à la
séduire. Après s'être évadée, et ayant découvert le pot-aux-roses, Mary, furieuse, décide de quitter l'Angleterre. Aux côtés de son grand-père (une vraie "trogne"), elle s'engage dans l'équipage
du célèbre corsaire le capitaine Poof (si si, je vous assure).

Après la mort de ce dernier (incarné au passage par Walter Barnes, vu notamment dans Bonanza et Gunsmoke), Mary adopte le nom du capitaine et prend le commandement de son navire, devenant rapidement la terreur des océans. Pendant ce temps, le bellâtre Peter est forcé de s'engager dans l'armée pour échapper à un mariage arrangé avec un laideron (tactique ourdie par son père exaspéré pour remettre son insouciant héritier sur le droit chemin). Devenu capitaine de marine, il est chargé de mettre un terme à la menace du capitaine Poof, sans se douter qu'il s'agit de la femme qu'il a jadis séduite puis abandonnée...

Mary la Rousse, Femme Pirate oscille en permanence entre le film d'aventure et la vaudeville. Dans tous les cas, on reste dans le registre de la comédie légère. Il ne faut donc pas d'attendre à un quelconque message caché dans le film d'Umberto Lenzi - tout au plus remarquera-t-on que tous les hommes ou presque que croisera Mary tenteront de la mettre dans leur lit, mais qu'elle les mènera généralement par le bout du nez, et que le personnage de Peter, Dom Juan inconséquent au début du film, finira par devenir un peu plus sérieux et par prendre ses responsabilités. La fin est à ce titre assez représentative de la morale des années 60 : Mary retrouve la respectabilité vis-à-vis de la société en devenant une "femme au foyer" mais, comédie oblige, on se rendra vite compte que c'est en fait elle qui porte la culotte.

Dans la peau de Mary Read, Lisa Gastoni n'est guère convaincante. Bien sûr, plusieurs aspects du film entâchent la crédibilité de sa performance :
déjà, il y a le costume ridicule du Capitaine Poof dont elle se retrouve affublée lors de la plupart des scènes d'abordage. Ensuite, il y a le fait que pendant la première moitié du film, son jeu
consiste principalement à arborer une moue mutine, la main sur la hanche (sans oublier le brushing toujours impeccable). Cette posture revient si régulièrement qu'on se dit que de Capitaine Poof
à Capitaine Pouffe, il n'y a qu'un pas (oui, j'ai osé). Mais ne soyons pas trop injuste - la belle italienne s'en sort nettement mieux dans la deuxième partie du film, notamment lors de la scène
hilarante où elle dépouille un nobliau en se faisant passer pour une effeuilleuse française.

De son côté, le texan Jerome Courtland (habitué des productions Disney dans les années
50, et devenu réalisateur et producteur par la suite) est amusant dans le rôle archétypal du "tombeur à la Flynn" (petite moustache incluse). Courtland a la bonne idée d'incarner Peter Goodwin
comme un éternel adolescent qui, la trentaine passée, refuse toujours de passer à l'âge adulte. Cette facette du personnage le rend finalement sympathique, même si elle cause le désespoir de son
père (la réaction de Peter lorsque celui-ci lui propose le choix entre l'armée, la religion et le mariage est à ce titre l'un des moments les plus drôles du film). Peter incarne donc la
génération insouciante de l'après-guerre, vue comme naïve, irresponsable et vaine par ses aînés.

Mary la Rousse, Femme Pirate est donc une comédie sympathique qui souffre de quelques problèmes de rythme au début du film (les scènes dans la prison sont interminables), d'une absence totale de cohérence historique (que diable fait un château médiéval dans les colonies américaines ?) et d'un kitsch parfois trop prononcé. Il n'en reste pas moins un film léger et sans prétention, pas mémorable mais pas non plus déplaisant. Même si lorsque le mot "Fin" apparaît à l'écran, on reste quand même hanté par cette question : "Pourquoi diable Mary la Rousse était-elle blonde ?!"
Jolly Roger Factor :