Partager l'article ! Starman: J'ai récemment fini de lire le sixième et dernier omnibus de la saga Starman de James Robinson (scénario) ...
J'ai récemment fini de lire le sixième et dernier omnibus de la saga Starman de James Robinson (scénario) et Tony Harris (dessin). Entre 1994 et 2001, Robinson a su réinventer ce héros méconnu et un peu has-been et en faire l'une des séries les plus emblématiques du DC des années 90 - et l'une des mieux écrites. Une vraie œuvre littéraire, comparable au Sandman de Neil Gaiman. Laissez-moi vous parler un peu de Jack Knight, un superhéros pas comme les autres...
Starman, à l'origine, c'est un personnage du Golden Age de DC Comics. Créé en 1941 par Gardner Fox et Jack Burnley, le premier Starman était Ted Knight. Scientifique de génie, il avait créé le "cosmic rod", un bâton lui permettant d'utiliser les rayons cosmiques. Grâce au cosmic rod, Ted Knight était capable de voler, de produire de l'énergie de manière offensive (rayons) ou défensive (champs de force)... Défenseur d'Opal City, Starman faisait partie de la Justice Society of America aux côtés entres autres du premier Flash (Jay Garrick) et du premier Green Lantern (Alan Scott). Mais après plusieurs décennies d'aventures, le temps a fini par rattraper Ted. Bien que toujours alerte, c'est désormais un vieil homme...
D'autres héros reprirent alors le flambeau : l'alien Mikaal Tomas, Will Payton... et finalement le propre fils de Ted, David Knight. Mais la carrière de David en tant que Starman fut de courte durée. Dès les premières pages de Starman #1, en 1994, David est assassiné. C'est alors l'autre fils de Ted, Jack Knight, qui hérite du cosmic rod.
Jack... n'est pas l'archétype du héros. C'est un marginal, un rien punk, au caractère de cochon, qui ne pourrait pas être plus différent de son géniteur. Jack n'a que faire de la science, ou de l'héritage de Starman. Ses passions, ce sont les antiquités (il possède d'ailleurs un magasin dédié aux objets rares et autres collectors) et les tatouages. Jack ne s'est jamais entendu avec son père et son frère, qui l'ont toujours pris pour un bon à rien individualiste. Avec la mort de David, Jack n'a d'autre choix que de devenir Starman pour sauver Opal City menacée par un vieil ennemi de son père, The Mist. Mais Jack refuse de devenir un héros en collants. S'il devient Starman, ce sera à sa façon. C'est ainsi que naît un nouveau héros pour Opal, avec sa veste en cuir sur laquelle est brodée une carte stellaire, ses lunettes d'aviateur, ses tee-shirts de rock, ses vieux jeans troués et son étoile de shérif.
Parfois agaçant, toujours attachant, Jack Knight commet des erreurs et des faux pas. Mais au fil de l'avancée de la série, il gagne en maturité et s'affirme dans son rôle de défenseur d'Opal. Il va également réapprendre à connaître son père, et tous deux découvriront qu'ils n'étaient peut-être pas aussi différents qu'ils l'avaient pensé...
En 80 numéros (collectés aujourd'hui en six volumes omnibus), Robinson va raconter l'histoire de Jack, de Ted, d'Opal, et de la lignée Starman. Une saga qui fait la part belle aux dialogues et aux sentiments qui unissent ces personnages. L'action est présente, bien sûr, mais elle n'occulte pas le développement des protagonistes. Et là où Robinson se révèle tout simplement brillant, c'est en établissant une galerie de seconds couteaux attachants qui auront tous leur occasion de briller : le clan de flics O'Dare (Clarence, Barry, Mason, Matt et Hope), le gangster repenti Bobo Bennetti, la voyante Charity, l'alien Mikaal... Et surtout The Shade.
Méchant sans grand intérêt du Golden Age, The Shade est réinventé par Robinson et devient un immortel victorien à la moralité ambigue, qui au cours de sa longue vie a été tantôt héros et tantôt vilain pour tromper l'ennui d'une vie éternelle. The Shade se prend d'affection pour les Knight et va devenir un confident et un mentor pour Jack... Régulièrement, The Shade se fera aussi narrateur, relatant divers épisodes de l'histoire d'Opal, tissant la grande tapisserie qui lie le destin de tous ces personnages.
L'un des gros points forts de Starman, c'est de réaliser que Robinson (dont le caractère et les erreurs, s'il faut en croire ses postfaces, ne sont pas sans rappeler Jack) a véritablement construit son histoire sur ces 80 numéros. Le sixième volume, qui compile le grand arc final ("Grand Guignol"), en est la pièce-maîtresse. Il faut voir toutes les pièces d'emboîter lors de la conclusion apocalyptique. Et pourtant... Lorsque la poussière retombe, Robinson garde quelques numéros sous le coude pour dire au revoir à tous ces personnages que l'on a suivi et aimé. Et oui, j'ai eu la gorge nouée lorsque j'ai refermé ce dernier volume...
Le premier volume de Starman m'a été offert par Davy Mourier, sur les conseils avisés du Duo Comics d'Arkham. Je leur dis un grand merci, pour m'avoir permis de découvrir ce qui restera l'un de mes comics favoris. J'ai adoré des titres comme Watchmen, The Dark Knight Returns ou Sandman - mais le romantisme de Starman (faute d'un meilleur terme) m'a touché comme rarement un comics l'avait fait auparavant. C'était véritablement un comics fait pour moi.
James Robinson a passé un accord avec DC Comics, empêchant l'apparition de Jack Knight sans sa participation. Même si cela veut dire que le héros
s'est fait rare après la fin de la série, ce n'est pas plus mal. Combien de héros, réssuscités avec brio par des auteurs talentueux, ont ensuite été massacrés par leurs successeurs ? Après s'être
éloigné du monde du comics pendant quelques années, Robinson est de retour avec une mini-série consacrée au personnage de The Shade. Cela fait très plaisir de retrouver cet univers, ce style
narratif très particulier, et de prendre des nouvelles de ces personnages. J'espère que Jack Knight y fera une petite apparition !
Voilà, c'est fini :) J'espère vous avoir envie de découvrir cette magnifique série, et je vous laisse en compagnie de ce sympathique "fan-art" par Otis Frampton.